Qu’est-ce qu’un Rebouteux ?

Le videur de vésicules

L’ossier

Le renoueur

Le bailleul

Le toucheur

Le rhabilleur

Le dictionnaire corrige d’emblée certains malentendus par cette définition :


« celui qui remet les os bout-à-bout »

Le rebouteux ou rebouteur est un personnage bien connu dans les campagnes pour son habileté à remettre en place les nerfs "froissés" et les tendons "qui sautent", à dénouer les muscles, soigner les "foulures" et les articulations démises voire les fractures.

Technique du sang noir pour une épicondylite

Ayant fait la synthèse du savoir-faire d’une douzaine de rebouteux de pays et de régions différentes, je puis affirmer qu’il existe un art traditionnel du reboutement, c’est-à-dire un ensemble commun de techniques en France, en Suisse, en Europe, en Asie, en Amérique et en Afrique. Il n’a pourtant pas existé d’écoles internationales ! A prime abord, cela paraît étonnant...

Un rebouteux sud-américain remettant une cheville

Je pense que ceci s’explique du fait de l’épuration par les siècles des techniques qui ne marchaient pas. Il n’y a par exemple pas plus de 10 façons efficaces de manipuler une lombaire, et aujourd’hui, tous les thérapeutes manuels de souches divergentes (rebouteux, ostéopathes, étiopathes, chiropraticiens, médecins traditionnels chinois) s’accordent sur la meilleure : le « roll » lombaire couché sur le côté.

Voici typiquement une manipulation à 4 opérateurs (un rhabilleur et 3 villageois recrutés comme assistants) qui n’a plus sa raison d’être sauf dans la brousse. Lorsque la luxation complète d’épaule est fraîche, un seul opérateur (le rebouteux) suffit pour la réduire. Si elle n’a pas été replacée dans l’heure, c’est aux urgences qu’elle sera réduite sous anesthésie ! J’ai appris par Dr. Bailleul (quel beau nom prédestiné !), chef de clinique du service orthopédique aux urgences de Lille, que la technique de réduction de luxation d’épaule que j’utilise était une dérivée de la 3e technique d’Hippocrate décrite au 5e siècle av. JC ! Cette technique m’avait été transmise par un rebouteux d’Aquitaine, qui lui l’avait reçue d’un breton. Les méthodes efficaces voyagent ; on ne transmet à ceux qu’on apprécie que ce qui marche…

Vous apprendrez des manipulations de la 1ère dorsale plus sûres !

Renouage au genou d’une vertèbre dorsale, il existe aujourd’hui des techniques plus confortables !

Tout comme chaque thérapeute a ses façons de faire, chaque rebouteux développe ses propres tournemains. Le rebouteux commun remet les muscles et les nerfs, et manipule de façon rudimentaire mais efficace.

L’un peut être plus doué pour remettre les vertèbres (on l’appellera renoueur), un autre pour réduire fractures et luxations (le rhabilleur ou l’ossier), un troisième plus rare sera renommé pour ses techniques viscérales (le videur de vésicules et le releveur d’estomac)…

Le toucheur, lui, guérira par apposition des mains, par le fameux fluide et surtout par le biais de vieilles prières des moines-rebouteux du Haut Moyen-Age. Le faiseur de secrets (qui barre le feu, passe les verrues, ou encore coupe le sang…) agit de la même façon, mais n’est souvent pas un rebouteux (au sens littéral : « qui remet / repousse » quelque chose en place).

Ainsi, certains rebouteux n’héritent que de quelques secrets (il sera par exemple spécialiste des entorses, ou ne saura soigner que « le carreau », c’est-à-dire les appendicites, etc…), tandis que d’autres cumuleront plusieurs fonctions. Ces multiples facettes du terme « rebouteux » est là l’origine de bien des confusions dans l’esprit du grand public !

Aussi, et contrairement à ce que l’on imagine souvent, le rebouteux n’est que rarement un adepte de “cracking”. Ses manipulations articulaires sont efficaces mais grossières en comparaison avec la finesse actuelle de l’ostéopathie structurelle. Cependant, j’utilise avec succès et simplicité bien des manipulations rebouteuses là où de nombreux ostéopathes ont échoué. La combinaison des deux apporte plus de sécurité pour le patient et plus d’efficacité. Les ostéopathes, étiopathes et chiropraticiens que j’ai formé sont unanimes à ce propos, constatant dans leur pratique un gain important de réussite et de rapidité.

Un débrousaillage du talon suite à une entorse. Technique que les kinés et physios feraient bien de connaître... Le rebouteux sait s’adapter partout où il se trouve !

Aujourd'hui, le rebouteux n’est plus la brute d'autrefois. L'écoute du patient prend une part importante, ce qui permet au-delà des manipulations, de donner des conseils d'hygiène de vie, d’associer des traitements par plantes médicinales…

Grâce à un développement extrême de son sens du toucher, à un savoir-faire éprouvé et aujourd’hui à une parfaite connaissance de l’anatomie, les rebouteux peuvent soigner efficacement toutes sortes de maux.

L’excellence du rebouteux réside davantage dans son abord profond des tissus mous (muscles, tendons, ligaments, nerfs).

Il sait tout remettre en place !

Les gestes caractéristiques du rebouteux sont :

            - le massage musculaire profond

            - les crochetages de tendons, d’aponévroses, de nerfs

            - le ponçage des nœuds musculaires et la friction de points ligamentaires ou névralgiques

            - les dégrippages et les débroussaillages articulaires efficaces

            - les purges viscérales

            - la réduction des luxations fraîches, voire des fractures simples

Le rebouteux est donc avant tout quelqu'un qui soigne par une action physique. Les rebouteux qui possèdent des talents énergétiques ou spirituels de guérisseurs sont une minorité.

Les cours de l’Institut Supérieur de Reboutement respectent cette distinction. L’aspect physique est omniprésent pendant 3 années de l’Ecole des Rebouteux. Les aspects spirituels et énergétiques sont abordés dans le module «reboutement viscéral » , mais sont enseignés en profondeur pendant les stages de l’Ecole des Guérisseurs qui amène à un niveau professionnel les rebouteux, les magnétiseurs, et les autres qui ont du « fluide».

Est-ce un don ?

     Oui et non !

Chacun a des potentiels à développer, comme l’exprime si bien la Bible : 

« Chacun a reçu de Dieu un don particulier

Qu’il le mette au service des autres. »

(I Pierre 4) 

Je dirais que c’est un art !

C’est comme la peinture : quelques-uns sont nés avec, et possèdent une facilité déconcertante ; d’autres ont un fort potentiel, mais doivent travailler pour atteindre l’excellence ; d’autres encore, sans prédisposition particulière mais consciencieux, s’appliqueront et deviendront avec un bon professeur de bons praticiens; enfin certains s’acharnent dans des voies qui ne sont pas les leurs, et resteront moyens ou même médiocres.

A mes yeux, le plus triste est de laisser ses dons en friche, de ne pas savoir les reconnaître, de ne pas oser s’essayer, ou d’avoir un beau potentiel sans trouver le maître qui puisse le catalyser, mettre la personne en selle et lui épargner des années de stagnation.

Développer notre don est notre responsabilité.

S’en servir est source d’épanouissement et de plaisir

Une façon aisée d’aimer et de servir notre prochain.

N’oublions pas que ces fameux dons se sont transmis de père en fils, de grand-mère à petite-fille. Et comment donc, par l’opération du Saint-Esprit ?! Dieu est certainement à la source des dons parfaits, distribuant potentiels et prédispositions, mais le travail est nécessaire.  L’apprentissage, par des années d’observation des tournemains, de partage des trucs et astuces et des recettes de famille, a été et reste encore l’élément clé dans la transmission des « dons ».

Cet apprentissage se fit très discret au Moyen Age, au temps des inquisiteurs (1229) lorsque des familles entières de rebouteux et leur résultats "magiques" furent mis sur le bûcher. Les succès inexpliqués sont mystifiés, sinon diabolisés. Les secrets, qui sont de simples prières adressées à Christ à la Vierge ou à un saint, prennent une ombre occulte et suspecte.

Plus tard, cette transmission fut quasiment éteinte par la jalousie de l’Ordre des Médecins naissant, de même qu’en 1966 où en France, de très nombreux rebouteux furent amendés et interdits de pratique. Beaucoup ont alors arrêté de soigner et de transmettre, et d’autres se sont expatriés.

De nos jours, étiopathes et ostéopathes en ont récupéré quelques techniques, mais une grande partie de l’art rebouteux tombe dans l’oubli.

C’était ma révolte lorsque j’ai fondé l’Institut Supérieur de Reboutement en 2002. Il ne fallait pas qu’il en soit ainsi ! C’est pourquoi j’ai mis sur pied des cours pour vous transmettre cet art, pour que la tradition du reboutement vive, pour que vous goûtiez à ses merveilles, et surtout pour la multiplication du bien commun. Heureusement, depuis 2008, plusieurs autres formations ont vu le jour, alors que nous n’étions que 2 à enseigner cet art en France.

Ma prière de maître rebouteux

Voici la prière que j’évoque souvent en début d’année aux nouveaux apprentis :

George Bergoz, fondateur de l’ISR.

Le reboutement est entouré d’obscurantisme
Il a grandit dans l’ignorance médicale
Mai aujourd’hui il ne peut faire fi de l’anatomie

Il demeure néanmoins un art mystérieux
Ne se comprend que peu
Je prie surtout que vous le pratiquiez

Il est entouré de magie
Et doit le rester dans votre esprit
Tout rationnaliser serait le détruire

Ressentez
Ressentez
Et laissez le Maître de la nature opérer

Les anciens se sont tus
Emportant l’art dans l’oubli
Qui d’entre nous osera relever le défi ?

Je prie d’être un bon relais
Ce que vous pouvez porter, je le donnerai
A chacun sa mesure selon sa capacité

Car ce don est dans mon âme une grâce de Dieu
Qui pour le bien commun doit être multipliée
C’est pourquoi je veux la partager

Faites honneur à cet art sublime
Et j’espère qu’avant votre jour ultime
Vous soyez maître à votre tour